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Campus durables : interview de Julie Remy et Édouard Pénide

REFEDD - Equipe 2017© REFEDD

À l'occasion de la Semaine européenne du développement durable, et après un premier article qui vous présentait le REFEDD et revenait sur les rencontres nationales que l'association avait organisé les 13 et 14 mai 2017 à Paris, Julie Remy et Édouard Pénide prennent la parole sur l'avenir des campus durables et sur leur relation de conseil auprès des étudiant.e.s et des établissements d'enseignement supérieur.

Actualité étudiante - 24.05.2017

Julie Remy est déléguée générale du REFEDD . Edouard Pénide est quant à lui "responsable campus".
Spécialistes de la question, ils expriment leur point de vue sur le rôle du développement durable au sein des campus, et au-delà.


Quel bilan dressez-vous de vos rencontres nationales ?

Julie : On a atteint nos objectifs. Les visiteurs sont repartis avec des idées d’action à mettre en place sur leurs campus, de la motivation, de nouvelles relations associatives. Nos partenaires étaient ravis. Le Cnous et le Crous de Paris ont renouvelé leur souhait de collaborer avec nous sur les questions d'alimentation. Le Ministère de la Transition écologique et solidaire a salué l'énergie que dégageaient les initiatives étudiantes présentées sur le forum associatif. La CIUP était satisfaite d'accueillir un événement en accord avec sa politique eco campus.



Quels axes ont été tracés pour les projets du REFEDD à court terme ?

Julie : L’alimentation touche tout le monde. C'est pourquoi nous allons travailler davantage avec les Crous pour proposer une alimentation durable (bio, locale, et de saison) et l’introduction de menus végétariens. C’est une approche plus globale. On promeut, à travers notre projet alimentation durable, la garantie restauration responsable, initiée par la Fondation Hulot. C'est une approche RSE, que nous souhaitons contribuer à porter dans les restaurants universitaires.

NDR : Les Crous sont d'ores et déjà engagés sur la question de l'alimentation responsable, notamment avec le label 100% Crous.

Edouard : Nous souhaitons également développer un axe autour de la participation des étudiant.e.s dans l’élaboration de la politique D.D des campus, qui est à ce stade un champ de réflexion.Notre dernière enquête nationale nous apprend que les étudiant.e.s souhaitent pour la majorité être plus souvent associé.e.s à ces politiques. Sur la question énergétique, un axe de réflexion reste à développer, notamment autour du recours des établissements d’enseignement supérieur aux industries fossile. Paris Nanterre est à ce titre un campus phare.

REFEDD - Les rencontres nationales 2017

Justement, comment travaillez-vous avec les établissements ?

Julie : Nous apportons des conseils aussi bien en termes de politique générale (l'ADN de l'établissement) que de fonctionnement (le patrimoine et les questions énergétiques). L'offre de formations est également un sujet important : comment intégrer le D.D de façon transversale dans toutes les formations ? En parallèle, nous pensons qu'il serait intéressant de créer une formation généraliste pour expliquer aux étudiant.e.s ce qu’est le D.D, ce qui est n'est pas clair actuellement pour eux et pour elles.

Nous proposons d'ores et déjà plusieurs outils à destination des étudiant.e.s et des établissements : des formations « mobilité douce » et « calculer le bilan carbone de son campus », des guides de sensibilisation...



C’est quoi le campus idéal ?

Dans l’idéal, le REFEDD n’existe plus.



Julie : Le campus idéal est 100% durable et forme tou.te.s les étudiant.e.s au D.D de manière généraliste et selon leur cursus, en fonction du métier qu’ils pourront exercer par la suite. Toujours idéalement, on s'appuierait sur la logique de parties prenantes : tout le monde travaille ensemble.

Le développement durable est une source d’attractivité et d’innovation, auprès des étudiant.e.s et valorisable dans la communication des établissements. Il ne s'agit pas uniquement de planter des petites fleurs et de sauver des animaux en voie d’extinction. On constate que les établissements qui sont engagés sur ces questions peuvent compter sur leurs étudiant.e.s pour parler de ces politiques et ainsi les valoriser.

Edouard : Avec le nouveau nom du ministère (Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation), ces questions d’innovation peuvent potentiellement être intégrées de façon plus naturelle dans le développement des établissements – c’est en tout cas ce que l’on souhaite.


REFEDD - Logo pochoirREFEDD - Logo pochoir

Depuis 10 ans, quelles évolutions majeures ont pu être constatées sur les campus ?

Julie : il y a eu l’arrivée du Plan Vert, la définition d’un cadre, à savoir qu’est-ce que le développement durable sur un campus ? Ce cadre a permis d'unifier les politiques dans une certaine mesure, notamment avec le référentiel et label DDRS. Ce référentiel guide les établissements et les associations.

Ce qu’on remarque, dans la Consultation Nationale Etudiante, c’est que les étudiant.e.s se rendent compte des engagements qui ont été pris par leur établissement. Avant, les établissements pouvaient agir mais ne communiquaient pas forcément sur leurs actions. Les établissements se sont rendus compte qu’il était positif de communiquer sur ces actions.

Les étudiant.e.s sont sorti.e.s de la vision "paquerette et petits oiseaux"



Edouard : La COP21 a fait bouger les lignes dans l’enseignement supérieur. Une caisse de résonance médiatique qui a permis de toucher des étudiant.e.s qui étaient loin de ces sujets. Une majorité des étudiant.e.s veulent que les questions de D.D soient intégrées à leur futur métier. Les étudiant.e.s sont conscients de l’intérêt de ces questions dans leur insertion professionnelle.

Les établissements aussi ont bougé. Il y a beaucoup plus, au-delà de la politique qui progresse, de chargé.e.s de mission RSE ou D.D dans les établissements. Nous avons des interlocuteurs. Ce qui était auparavant exceptionnel est en passe de devenir quelque chose de généralisé.

Julie : Les établissements modifient leurs formations pour que les étudiant.e.s soient armé.e.s sur le marché du travail. Il y a une attente du marché du travail, due aux contraintes règlementaires et aux attentes des consommateurs. Un ecosystème se met en place.

REFEDD - Couverture

Vous dites quoi à un.e étudiant.e pour qui "développement durable" n'évoque rien ?

Edouard : Le développement durable, c’est une vision globale du monde et des organisations. Aujourd’hui, une organisation ne peut pas fonctionner sur une vision uniquement centrée sur sa propre activité. On doit regarder, que ce soit un campus, une entreprise ou un Etat, ce qui se fait à côté, les flux entrants et sortants. On ne peut plus consommer, jeter, consommer. C’est l’économie circulaire, on ne fonctionne plus en silo.

Travailler sur les questions de DD, ça nous oblige à regarder les questions d’égalité femmes-hommes, les questions sociales, et de handicap ; des questions plus lointaines.



Aujourd’hui, le D.D c’est pouvoir fonctionner de manière saine et perenne dans le temps, quelle que soit son activité, qu’on fasse du management, des ressources humaines ou de la production. Cela concerne tou.te.s les étudiant.e.s.

Julie : Dans le quotidien d’un.e étudiant.e, le D.D c’est aussi se poser des questions, être critique, y compris vis-à-vis de son propre mode de vie. Par exemple, ce produit m’apporte quoi ? En ai-je besoin ? Comment a-t-il été produit ? Quelles sont les retombées ? Comment ce que je fais au quotidien impacte au niveau local, national et international. On est dans une logique de réseau. Quand j’achète des fraises en hiver, cela a un impact énergétique et social.

Edouard : C’est pas que de la contrainte. Il y a dix mille façons de consommer, qui sont enrichissantes, qui vont créer du lien social, qui vont sortir les étudiant.e.s de leur solitude, qui vont être un peu plus fun que seulement aller dans son supermarché. Une large majorité des étudiant.e.s ont déjà consommé de façon collaborative, sans même le savoir, sans même le vouloir. Certain.e.s font du développement durable et l’intègrent dans leur vie. Ils font du covoiturage, ils réduisent leurs apports carnés. On n’a pas besoin de concevoir d’être écolo. Les étudiant.e.s ont une culture D.D que n’avait pas la génération précédente.

Julie : C'est consommer autrement. Cela permet aussi parfois de payer plus cher un produit sur le moment mais de le garder plus longtemps. On fait même des économies !

1ère publication : 24.05.2017 - Mise à jour : 28.07.2017