Indésciences - Vulgariser sans vulgarité

"Passeur de sciences" crédible et respecté des professionnels, l'association étudiante déploie son énergie et son talent autour d'un blog participatif et de l'animation de réseaux sociaux lors d'événements scientifiques. Rencontre avec Karine Da Silva, présidente de l'asso', et Pierre Chirsen, membre fondateur.

Actualité étudiante - 11.07.2017

C’est quoi Indésciences ?



Karine : À l'origine, Indésciences, c’est un groupe de travail ; des étudiants qui se sont rassemblés et qui ont eu envie de partager les sciences et de motiver les autres étudiants en sciences à parler de leurs études et de leurs recherches. C'est de cette volonté qu'a été créé le blog Indésciences, qui est un blog participatif. Les étudiants écrivent les articles, et vulgarisent leurs sujets de prédilection, ou des sujets en sciences qui les intéressent beaucoup.

L'idée est d'ouvrir le monde de la recherche aux étudiants.

Il y a des podcasts, qui peuvent également être réalisés par des étudiants. En général, ce sont des interviews de chercheurs francophones : on y parle de leurs recherches, leur laboratoire, leur vie de chercheur.



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Pierre : Qu’ont-ils fait dans leurs études pour devenir ce chercheur en astrophysique, ce neurochirurgien, qu’est-ce qui a fait qu’un jour ils se sont dit « c’est ça que je veux faire ! ». Comment la passion de la recherche est née ? C’est vraiment quelque chose qu’on a envie de faire comprendre aux étudiants, cette passion ne naît pas de rien. 



C’est quoi la vulgarisation, à vos yeux ?



Karine : C’est un peu moche comme mot, mais c’est une transmission de savoir. 

Quand on aime un sujet, l’étape d’après (après s’être renseigné), c’est l’expliquer aux autres.

C'est d'abord transmettre sa passion. L’expliquer.



Pierre : C’est un terme qu’on a longtemps été frileux d’utiliser. On essaie d'ailleurs d’éviter de l'utiliser parce que ça ne correspond pas vraiment à ce que l’on veut transmettre. La recherche peut être « vulgaire ». La recherche s’adresse à tout le monde, c’est un fait. Parfois, il faut juste aménager un peu le discours pour que cette recherche s’adresse à tout le monde. Ce n'est pas une volonté de rendre quelque chose d’extra ludique en le décrédibilisant. On veut rester sur une rigueur scientifique à laquelle on est très attachés. Rendre le discours scientifique accessible en gardant la rigueur, c'est ce que l’on cherche à faire.



À qui s'adresse Indésciences ?


Pierre : Initialement, le blog a été créé pour les étudiants scientifiques. On y parle des sciences dures. On ne retrouve pas de sciences humaines, pas de sociologie, pas de sciences politiques, ni juridiques...

Le collectif qui s’est monté autour du blog est issu de sciences dures, et on s’est demandé : qu’est-ce qui est commun à toute la recherche en sciences dures ? C’est la publication d’articles scientifiques. Ces articles sont relus par un collectif de pairs, et chacun va s’entrainer à son niveau, que l'on soit en licence, en master, ou en doctorat, à écrire des articles, à être relu par nos pairs, et à faire quelque chose à la fois de qualité et fun, pas trop long, et dans lequel on va pouvoir se retrouver. On se rend bien compte cela dit que les sciences humaines sont aujourd'hui partout. On essaie de plus en plus de toucher d’autres étudiants, même si notre cœur de cible reste les étudiants en sciences dures.



Karine : Oui, cela dit, en regardant par exemple sur facebook les gens qui interagissent avec la page, on se rend compte que des étudiants non scientifiques peuvent être amenés par leurs copains qui, eux, sont en sciences dures.


Il y a des sujets qui sont incroyablement attractifs, pour les scientifiques et les non scientifiques.



Pierre : On a fait un podcast sur le cœur artificiel, qui a énormément été repris - et c’est assez drôle - par des sites boursiers car l’entreprise qui produit ces cœurs artificiels est cotée en bourse, et les infos qu’on a proposées dans notre podcast étaient nouvelles. Donc on a pu avoir une petite influence sur le cours des actions. (Rires). On a beaucoup de sujets qui font rêver les gens : l’astrophysique par exemple. C’est incroyable le nombre de personnes qui sont très loin de la physique et des maths et pourtant passionnées par ce qui se passe dans l’espace.



Vous insistez sur la notion d’indépendance, de liberté et de patience. Pourquoi ?



Pierre : Il y a un peu de militantisme derrière ça, sur la recherche actuelle.



Dans la recherche actuelle, c’est "publish or perish".



Il faut absolument publier vite, pour prouver rapidement qu’on a enregistré des avancées scientifiques, et ainsi obtenir de nouveaux financements. Des mouvements ont été créés aux Etats-Unis, des mouvements de slow science. Beaucoup de nos collègues doctorants revendiquent une science qui se ferait lentement.

La science n’est pas une course de vitesse.



Cela ne peut pas être bien fait si c’est fait trop rapidement.

L'indépendance, elle trouve sa source dans le fait qu'on n'a pas de financements, ce qui nous laisse libres de traiter les sujets que l’on veut, comme on veut, sans pression de quelconque lobby ou financeur. Dans notre processus de relecture des articles, on a pas d’intérêt à mettre en avant un article plutôt qu’un autre. Dans le système actuel de peer reviewing, on ne comprend pas pourquoi, parfois, un article est accepté plutôt qu’un autre. Les jeux de pouvoir, les jeux de publication dans la science, c’est une réalité. Nous, on ne veut pas rentrer là-dedans. Évidemment, c’est très naïf, mais c’est un aspect militant.

On milite aussi pour l’open source. Tous nos articles peuvent être exploités partout, et gratuitement, du moment que l’auteur est cité. La recherche publique, en tout cas en France, est financée par tout un chacun, on ne comprend pas pourquoi tout un chacun n’a pas accès aux articles scientifiques puisqu’ils sont publiés dans de grandes revues allemandes ou américaines, qui font payer les abonnements des centaines et des milliers de dollars par an. C’est quelque chose qu’on a du mal à accepter.



Quels sont vos objectifs lorsque vous acceptez d'animer des événéments ?


Karine : Au-delà du blog et de la médiation scientifique, on participe effectivement à des événements où sont réunis des acteurs de la culture scientifique, technique et industrielle. L’une des missions que l’on s’est donnée, est de faire le lien entre tous ces acteurs et le monde étudiant. Par exemple, un des événements sur lesquels on a un partenariat depuis des années, c’est le forum Science, Recherche & Société. On participe à ce genre d'événements parce qu’on trouve qu'ils sont intéressants, qu’ils mériteraient d’être connus, et que notre public étudiant ne les connaît pas forcément.



Pierre : Bien souvent, on s’occupe de l’animation des réseaux sociaux parce qu’on a aussi cette volonté que les événements scientifiques arrivent à rayonner hors les murs, via les réseaux sociaux qui sont plus susceptibles de toucher les étudiants.

La population, dans les conférences scientifiques notamment, est relativement âgée, alors que les étudiants y ont toute leur place, pour poser des questions, pour animer, pour rencontrer des scientifiques et assister à des conférences de qualité.

On veut dire aux étudiants : "c’est possible, allez-y !"



Cela nous permet aussi de rencontrer énormément de chercheurs, qui vont contribuer à enrichir notre blog et nos podcasts.

Sur l’événementiel, on a travaillé avec l’Inserm, le CNRS, la Recherche, le Monde, le Palais de la découverte, la Cité des sciences, le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation... On met en place des tweets walls notamment, ça créé une interaction entre le public, y compris celui qui n’est pas dans la salle, et les conférenciers. Cela créé un dynamisme autour de ces conférences, ce qui est très positif.



Gestion des flux Twitter lors du 6e Forum national de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle, grâce à TweetDeck



Parlons de la rubrique WTF!*...

*NDR : What the fuck

Pierre : Indésciences a pour vocation de croiser toutes les sciences. C’est fondamental de comprendre qu’aujourd’hui les scientifiques ne peuvent pas rester dans leur carcan. Un physicien fait du lien avec un chimiste, qui fait lui-même du lien avec un mathématicien. Tout se croise, tout s’entremêle. Mais certaines choses restent inclassables, et c’est là que cette rubrique intervient. On veut aussi parfois que le ton reste assez léger, parce qu’on s’amuse aussi. Les sciences, c’est amusant en plus.

Quand on en parle à des interlocuteurs un peu sérieux, on l’appelle plutôt la rubrique « inclassable ». (Rires)



Karine : Elle a pour but de faire un lien avec la culture pop, qu’on possède tous finalement, et d’amener les gens à s’intéresser à la science. L'idée est de partir d’un sujet qui peut être drôle et montrer que, derrière, il peut y avoir de la science.



La science pour les gouverner tous, ou comment confronter le voyage de Frodon Sacquet, dans Le Seigneur des Anneaux, aux réalités scientifiques.



Indésciences dans le futur proche, ça ressemble à quoi ?


Karine : Au niveau de l’aspect blog participatif, on a trouvé notre rythme de croisière, les publications sont régulières. On aimerait à l’avenir pousser l’aspect événementiel, participer à davantage d’événements, animer les réseaux sociaux, et se diversifier. On a d'ailleurs lancé en juin dernier un nouveau format vidéo.



Réalité augmentée et réalité virtuelle : du divertissement à l'application médicale



Pierre : Il faut qu’on prenne des risques tout en continuant à s’amuser, et recruter de nouveaux bénévoles pour développer nos activités.




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Publication : 11.07.2017