Doc'Up et la science... de la médiation

© Aline Coulon-Le Moignic et Anthony Coulon / Doc'Up

Médiation scientifique à l'échelle nationale, la Fête de la science, c'est du 7 au 15 octobre. Pour Doc'Up, association des doctorants de Sorbonne Universités, la médiation scientifique, c'est toute l'année. Rencontre avec Aurélien Bour, Clémence Simonnet et Caroline Peron Cane, tous trois doctorants (et médiateurs).

Actualité étudiante - 4.10.2017

C'est quoi, Doc'Up ?




Aurélien
 : Doc'Up, c'est l'association des doctorants de Sorbonne Universités. J'insiste sur doctorants puisqu'on est déjà, au quotidien, dans le cadre du travail. C'est une démarche différente. L'association s'attache à créer un réseau professionnel, tout en mettant en place des actions de médiation, parce que la médiation fait maintenant partie de la mission des chercheurs.



NDR : Doc'Up réunit 800 membres, répartis entre l'UPMC, Paris-Sorbonne, le Muséum national d'Histoire naturelle, l'UTC et l'Insead.



Parlons de votre festival de très courts métrages...



Aurélien : Concrètement, il s'agit de confier la réalisation de courts métrages de médiation scientifique à des doctorants, qui sont formés pour l'occasion. Formation à la réalisation, au montage, à l'animation, etc. Les participants doivent vulgariser leur travail de thèse, à travers un court métrage de 5 minutes. Ensuite, on projette les films dans les lycées, dans des événements liés à la Fête de la science, et même à la Cité des sciences.

La plupart des réalisateurs viennent aux projections, pour répondre aux questions du public, et c'est finalement là que se situe le véritable travail de médiation.




> Voir d'autres courts métrages sur la chaîne Les Chercheurs Font Leur Cinéma



Vous organisez aussi un concours, Arts et sciences...




Aurélien
 : Oui. Le but est de créer une oeuvre à partir d'une image scientifique déjà existante, ou créée pour l'occasion, autour d'un thème assez large. Cette année par exemple, c'est « en mouvement ». Le but est de pouvoir toucher tous les domaines présents dans notre université : littérature, physique, biologie, mathématiques. Cela donne parfois des images abstraites, et d'autres fois très concrètes.



> Voir le site dédié au concours et aux oeuvres



Le concours s'appuie sur un contraste entre l'intuitif et le rationnel ?




Aurélien : Disons que... oui et non. La science peut paraître austère, et fermée, vue de l'extérieur. L'art peut être une porte d'entrée, pour un public différent. On expose les oeuvres dans les universités, et les gens qui passent devant ces oeuvres se disent « qu'est-ce que c'est ? ».



C'est à partir de là qu'on peut commencer à parler de science.




Qu'est-ce que ça apporte aux doctorants ?



Aurélien : La médiation scientifique en général apporte l'occasion aux doctorants de parler de leur sujet à un public beaucoup plus large que d'habitude. C'est bien de raconter son travail aux collègues de labo ou en conférence mais cela reste cloisonné. C'est une manière d'être reconnu pour un travail qui paraît un peu fermé. Cela leur apporte une aisance à l'oral, du recul aussi, car on peut être facilement enfermé dans ses travaux de recherche. Cela nous donne même parfois l'occasion de parler d'autres sujets, du quotidien.


NDR : Aurélien est Vice-Président en charge de la médiation scientifique au sein de Doc'Up



Vos actions sont souvent articulées autour de l'ouverture des doctorants à d'autres horizons...




Aurélien
 : C'est ça. Le travail dans un labo est toujours un peu solitaire, même lorsqu'on travaille en équipe, en général on est deux ou trois au maximum.



Clémence : (Sourit) En fait, ça fait surtout du bien d'être au contact de personnes qui ne savent pas de quoi on parle, et donc d'avoir le temps de prendre le temps de leur expliquer. C'est un échange qui est bénéfique, qui nous sort de la thèse, parce que parfois, on a la tête dans le guidon et j'avoue qu'à chaque fois qu'une manip' se passe mal, eh bien, aller faire une médiation ensuite ça permet de relativiser. On est soudain face à des gens qui disent « Waw, mais c'est génial ce que vous faites », ou «  C'est beau ! ».



On oublie parfois que que ce qu'on fait peut être beau !




Aurélien
 : Cela nous rappelle un peu pourquoi on le fait. Tout simplement, il y a un déclic à un moment donné. L'année dernière, à la Fête de la science, on a réalisé l'extraction de l'ADN de banane. Ça paraît bête, mais à la fin on obtient une pelote d'ADN dans un tube, et quand on voit les gens - enfants ou pas - s'émerveiller, ça fait plaisir. Même nous, on était un peu gagas en voyant les pelotes. (rires)



Pelote d'ADN // © CNRS




Quand on fait un nuage dans un bocal, c'est quand même la classe.




Caroline : La science est en fait accessible à tout le monde, pas seulement aux élites.




Aurélien : Le contexte est important, aussi. Pas plus tard que ce matin, avec mes étudiants, on a fait des férofluides. C'est assez joli, mais les étudiants qui voyaient ça n'étaient pas plus impressionnés que ça. Alors qu'en montrant la même chose n'importe où ailleurs, les gens trouvent ça phénoménal.



Justement, parlons de vos actions de médiation auprès du public scolaire...



Caroline : On a des ateliers déjà prêts - ceux qui ont bien fonctionné dans les classes - et qu'on réadapte au gré des évolutions des programmes scolaires, mais les enseignants peuvent aussi demander un thème qui les intéresse en particulier. Dans ce cas, on prévoit ensemble la séance, mais on colle toujours au programme.


Aurélien : La première partie de l'exposé suit le programme, mais on essaie toujours d'aller un peu plus loin, parce que c'est l'occasion et parce qu'il faut bien rigoler. (rires)




Caroline : Et on fait des expériences, parce qu'ils ne peuvent pas le faire dans le cadre classique de la classe, parfois.




Aurélien : Sur le système solaire par exemple, on se pose la question de la possibilité d'une vie extraterrestre ; et je ne pense pas que ce soit au programme.



NDR : Ce n'est effectivement pas au programme.




Caroline : Et puis l'an dernier, on avait un fil rouge autour de Thomas Pesquet.



Quels sont les retours des enseignants ?




Aurélien : Ils nous rappellent pour faire d'autres ateliers, donc je pense que ça leur plaît (rires). Là encore, je pense que c'est le contexte qui fonctionne. Si le prof faisait exactement le même atelier, l'ambiance serait différente - mais les enfants nous voient comme des personnes « nouvelles » qui viennent leur parler d'autre chose.


Caroline
 : Pour les doctorants, l'intérêt est d'arriver à expliquer les choses simplement, principalement, mais c'est aussi s'ouvrir sur d'autres sujets. Je suis biologiste, et j'avoue qu'avant de mener les ateliers, je ne m'étais pas plongée dans le système solaire depuis longtemps. C'est aussi apprendre à répondre à des questions différentes. Les questions des enfants sont souvent surprenantes et loin d'être si simples que ça.



On doit répondre avec des mots simples, comme on devrait le faire, finalement, au quotidien lorsqu'on parle de nos travaux.




Aurélien
 : C'est bénéfique, aussi, pour notre réseau. On ne va jamais tout seul dans une classe, on y va à deux ou trois ; et on est formés au préalable, donc on rencontre des gens, des doctorants d'autres domaines qui n'ont en général rien à voir avec le nôtre.



On fait le point sur votre programme pour la Fête de la science ?



Aurélien : On va proposer des ateliers, qu'on a appelé « des couverts scientifiques », parce qu'on a créé des ateliers autour de la petite cuillère. On peut faire plein de choses avec une petite cuillère ! En ce qui nous concerne, on va faire un électroaimant. On va également montrer le principe de l'électrolise - grosso modo, on recouvre une cuillère avec du cuivre, et c'est joli. Une autre expérience démontrera, en se concentrant, qu'on peut faire monter ou descendre un avion - virtuel - ou une cuillère... Bon, on ne sait pas encore si ce sera un avion qui évitera les oiseaux ou une cuillère qui attrapera des boules de glace.


Clémence : Ou, plus simplement, comment la commande cérébrale peut faire fonctionner un jeu vidéo.




Aurélien : Voilà. (rires)




Clémence : L'année dernière, beaucoup d'enfants venaient sur notre stand pour faire de l'extraction d'ADN, mais à partir d'une certaine heure il y avait beaucoup plus d'adultes, et ils étaient contents de faire ça. Des gens nous disaient, ravis, qu'on était en train de leur expliquer ce qu'était l'ADN.

Ils nous disaient : " On le lit partout dans la presse, mais on ne sait pas ce que c'est exactement "






Au fait, c'est quoi le sujet de votre thèse... en deux mots ?


Aurélien Bour : Influence du cardiolipide sur la résistance des membranes au stress oxydant




Clémence Simonnet : Effet de la suppression de la protéine KCC2 sur la plasticité et la mémoire




Caroline Peron Cane : Suivi en temps réel de sécrétions bactériennes


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Programme de Sorbonne Universités pour la Fête de la science

1ère publication : 4.10.2017 - Mise à jour : 13.10.2017