Stop au danger dans les week-ends d'intégration !

Bizutage : intégration ne rime pas avec humiliation.

En revanche, « stop au danger » peut, et doit rimer avec « responsabilité partagée ».

Stop au danger !

Le drame que j'ai vécu, je suis pas là pour l'étaler ou le crier sur tous les toits. Le but, c'est que ça serve d'électrochoc, que les gens se disent Ah bah oui, ça arrive. Je l'ai vécu et je souhaite à personne de le vivre.



Sébastien Marret témoigne suite au décès de son frère lors d'un week-end d'intégration.


Les organisations étudiantes signent une charte commune pour une responsabilité partagée.



Bizutage : que dit la loi ?

Au-delà du fait que le bizutage porte atteinte à la dignité de la personne humaine, il s'agit également d'un délit.

C'est très exactement le fait pour une personne d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants ou à consommer de l'alcool de manière excessive lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire et socio-éducatif : des soirées étudiantes ou des week-ends dits « d'intégration », par exemple.

Ce délit est puni de 6 mois d'emprisonnement et de 7 500 € d'amende.

  • Ces peines sont doublées si les victimes sont des personnes vulnérables
  • En cas de violences, de menaces ou d'atteintes sexuelles, les peines correspondantes s'appliquent (jusqu'à 10 ans de prison)

Par ailleurs, les personnes physiques qui n'ont pas causé directement le dommage, mais qui ont créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n'ont pas pris les mesures permettant de l'éviter, sont responsables pénalement :

  • s'il est établi qu'elles ont violé de façon délibérée une obligation particulière de sécurité prévue par la loi ou le règlement de l'établissement
  • si elles ont commis une faute caractérisée qui exposait autrui à un risque d'une particulière gravité et qu'elles ne pouvaient ignorer

La responsabilité des personnes morales peut également être engagée...

Concrètement, si les faits de bizutage ont pu se dérouler avec l'organisation, l'aide ou la caution apportées par les dirigeants ou les représentants d'un établissement d'enseignement supérieur, une condamnation peut avoir lieu (amende et fermeture des locaux qui ont servi au bizutage).





Ces photos prises lors d'événements d'intégration ont conduit le ministère de l'Enseignement supérieur à prendre contact avec des établissements, en 2014.





Que faire si vous avez été victime ou témoin d'un bizutage ?

Vous devez :

  • porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie de votre choix
  • informer sans délai l'autorité administrative de l'établissement

En effet, les responsables de l'établissement devront, parallèlement à votre dépôt de plainte :

  • saisir le procureur de la République
  • engager des poursuites disciplinaires contre les auteurs et les personnels qui ont contribué au bizutage

Vous pouvez également vous appuyer sur le CNCB.

C'est le Comité National Contre le Bizutage. Il est composé de fédérations de parents d'élèves, d'organisations syndicales étudiantes, de mutuelles, d'organes de représentation de l'enseignement supérieur et de syndicats du milieu scolaire et universitaire.

> Vous pouvez les contacter, y compris sur Twitter

> Vous pouvez également vous rapprocher des syndicats étudiants pour des conseils juridiques entre autres




« Les participants étaient volontaires ! »

C'est un argument que l'on peut entendre. Il n'est pas recevable au regard de la loi.

L’article L. 225-16-1 du code pénal précise que le bizutage consiste à amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants.



Et d'un point de vue sociologique ?

Marc Audebert, Docteur en sociologie et enseignant à l’Université Paris-Dauphine est l'auteur de la thèse de doctorat « Le bizutage : description et tentative d'explication d'une énigme sociologique ».



Contre l'argument « Ce n'est pas si grave que ça ».



Les événements d’intégration sont, dans leur contenu, envisagés comme des événements dont les implications seraient faibles sur les individus en termes de répercussions psychiques et morales.

Au-delà du premier aspect visible, confinant à la blague potache, le bizutage entreprend une mise à l’épreuve collective mobilisant les individus sur des plans multiples et non anodins. Ainsi, l’acceptation des événements passe par une démarche de libre acceptation en apparence, masquant les ressorts requis pour la fabriquer.



Contre l'argument de l'intégration.



Ces pratiques sont souvent associées – à tort – à l’existence d’un prestige rattaché à la formation. Sans pratiques d’intégration, il n’y aurait alors pas d’identité collective, c’est-à-dire d’esprit d’appartenance commun.

Cette affirmation ne tient pas car elle repose sur un biais cognitif évident : certaines formations pourtant fort prestigieuses et disposant d’une identité collective
réelle (comme l’ENA) ne disposent pas de week-end d’intégration. Ici, dans la fabrication de la justification du bien-fondé de leur existence, l’imitation est en définitive une norme appliquée : les établissements comprenant ces pratiques d’intégration seraient les plus prestigieux, alors en organiser serait interprété comme un signe de l’association à cet élitisme.

Or, l’analyse empirique des faits infirme cette affirmation : l’imitation sociale est partie prenante d’une démarche de justification des pratiques en question et celles-ci ne sont donc pas créatrices de cette appartenance collective en tant que telle.



Assos étudiantes, organisateurs de soirées étudiantes : des outils pour vous

Il existe des formations, des conseils et des ressources à votre disposition. En voici quelques exemples.



Tout le monde peut se remettre en question et changer de regard sur le rapport à l'autre

Exemple ↓

1ère publication : 10.10.2018 - Mise à jour : 7.11.2018