Interview | Morgan : « J'aime l'aspect horizontal de l'ESS »

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Diplômé depuis 2 ans, et passé par l'association Étudiants et Développement, Morgan est actuellement chargé de projet « partenariat Crous / Grand Lyon » et organise le Forum des initiatives étudiantes, à Lyon. Il raconte comment et pourquoi il s'est intéressé à l'économie sociale et solidaire.

Interview publiée dans le cadre de l'opération « On l'ESS la place ! ». Elle a été conduite par Adèle Jonas, en Service Civique pour la Semaine étudiante pour l'économie sociale et solidaire.


Je m'appelle Morgan Faisant de Champchesnel, j'ai 26 ans, et je suis chargé de projet « partenariat Crous / Grand Lyon ».





Quel a été votre parcours universitaire ?

J'ai commencé par une prépa B1 à Nancy et ensuite une double licence de droit et économie. Après ça, j'ai recommencé à zéro. Mon vrai parcours est donc une double licence en géographie et économie à la Panthéon Sorbonne, puis en master à l'Institut d'études du développement économique et social (IEDES) de Paris 1. C'était des études sur le développement rural et les politiques économiques. Je suis maintenant diplômé depuis 2 ans.



Comment avez-vous découvert l'Économie Sociale et Solidaire ?

Dans la théorie à la fac, pendant le master, et dans la pratique au Cameroun pour un projet associatif sur l'étude de la tontine.



La tontine c'est un mécanisme de solidarité et d'économie. Un des formats les plus communs en Afrique de l'Ouest, c'est quatre femmes qui vont chez une cinquième en lui apportant 100€. Le système tourne, ce qui fait que chacune reçoit une grosse somme à son tour. C'est très utile pour des gens sans système bancaire, et c'est très valorisé dans des sociétés ou l'argent du ménage n'est pas mutualisé. Ça permet aux femmes d'avoir leur propre argent, mis de côté. Cette pratique existe partout, de l'Océan Indien à l'Afrique de l'Est mais c'est en Chine et en Afrique de l'Ouest qu'elle est la plus connue. C'est intéressant par son aspect économique mais aussi par sa dimension de solidarité ; beaucoup de mécanismes dans la tontine répondent aux imprévus.



Qu'est ce qui vous plaît dans cette forme d'économie ?

Je suppose qu'elle représente une société à laquelle j'adhère plus. J'aime l'aspect horizontal comme dans les coopératives où le pouvoir décisionnel est partagé. La personne est valorisée.




Forum des initatives étudiantes de Lyon | © DR



Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous engager ?

Via les tontines donc, qui m'ont beaucoup intéressé pour la solidarité et l'économie. Souvent, les politiques de développement fonctionnent en solidarité Nord/Sud et c'est intéressant de voir les dynamiques territoriales qui existent déjà au lieu d'en imposer d'autres. Les diasporas africaines et chinoises pratiquent les tontines de façon assez cachée en France.

Étant intéressé par le milieu rural, je me suis aussi beaucoup intéressé aux AMAP et au lien direct entre producteur et consommateur. Le consommateur voit réellement qui produit, ce qui permet de bons échanges.



Qu'est ce qui vous paraît important dans ce Forum des initiatives étudiantes ?

C'est la 5e édition. Ce qui est nouveau cette année c'est les formations. Il y en a une par exemple qui apprend comment organiser un évènement dans l'espace public. Il y a aussi un weekend de formation avec 4 grands thèmes (communication, vie associative, trésorerie / administration et conduite de projets) et 18 ateliers.

Ils suivent les préceptes d'éducation populaire, c'est par et pour les étudiants. On aime beaucoup cette idée donc tous les jours à partir de 18h on laisse les locaux aux associations, ça engage de la confiance et une possibilité de faire des choses eux-mêmes à la Maison Des Etudiants.



On a 3 réseaux d'associations étudiantes qui sont partenaires sur le forum : Animafac, le REFEDD et Etudiants et Développement. La dynamique inter associations est importante car pendant tout le forum il y aura des associations étudiantes mais aussi des intervenants non étudiants.

On brasse aussi beaucoup de thématiques avec des associations féministes, ethniques, LGBT, d'ESS, de développement durable et l'échange qui va en résulter et toujours bénéfique.



Le but est aussi de faire découvrir aux étudiants de la métropole ce qui se passe. On a tendance à restreindre les évènements étudiants et on veut élargir le cercle car les initiatives étudiantes sont au contraire nombreuses.



En tant qu'organisateur, comment percevez-vous l'investissement et l'engagement des jeunes aujourd'hui ?

Je peux qu'être dithyrambique sur l'investissement des jeunes ici. On a des gens de tous les horizons, Lyon est attractif pour les étrangers donc on a beaucoup d'associations de représentation de diasporas.

C'est un forum qui promeut un monde plus sain pour demain, et l'investissement des jeunes est très impressionnant. Le fait qu'il soit organisé aussi par les jeunes c'est très important.



Des étudiants et associations vont nous faire la communication et assurer la couverture presse, on devrait avoir un journal en direct pour les participants...

Dans le forum en tant qu'organisateur on met du lien, mais les initiatives et ateliers viennent des jeunes et c'est eux qui proposent des activités innovantes.On devrait avoir plus d'une quarantaine d'associations organisatrices d'ateliers, sans compter les « spectacteurs » (les gens sont actifs !), ce qui n'est pas négligeable.

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Publication : 6.11.2018