Concours de création étudiante - Lauréats Nouvelle 2017

1er Prix - Stéphanie Soubrier (Crous Paris) | 2e Prix ex æquo - Léa Royer (Crous Rennes) | 2e Prix ex æquo - Louis Vandecasteele (Crous Lille) | 3e Prix - Maureen Deseille (Crous Lille) | Mention spéciale - Charazed Guetari (Crous Rouen Normandie) | Mention spéciale - Jocelyn Haumesser (Crous Lorraine)

Le thème pour l'année 2017 était « RUE ».



1er Prix - Stéphanie Soubrier - La clé des champs



Stéphanie Soubrier est étudiante en histoire à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Elle rédige actuellement une thèse sur les « races guerrières » dans l’empire colonial français, sous la Troisième République.

Tout commença un beau matin de février, ou peut-être durant la nuit précédente, qui sait ? Ce matin-là, tous les habitants de la rue principale se réveillèrent avec quelque chose en moins. 

Au n°3, un homme glissa son pied droit dans sa pantoufle, comme à l'accoutumée, mais son pied gauche ne rencontra que le carrelage glacé. Au n°16, on se contenta de jus d'orange car la cafetière était introuvable. Le fils du coiffeur arriva en retard à l'école car son réveille-matin avait disparu, et la fille du notaire ne parvint pas à mettre la main sur son ensemble vert, celui qu'elle avait soigneusement repassé la veille en prévision de son entretien d'embauche, et qu'elle avait disposé sur une chaise, elle en aurait mis sa main à couper. D'autres enfin ne s'aperçurent de rien. 

L'homme du n°3 racheta une paire de pantoufles, la famille du n°16 décida d'investir dans un percolateur haut de gamme pour changer du jus de chaussette habituel, le fils du coiffeur dut copier cinquante fois « je n'arriverai plus en retard à l'école » et la fille du notaire se rabattit sur son tailleur rouge qui la faisait paraître légèrement plus jeune, et ce fut sans doute ce qui lui coûta le poste, du moins en était-elle convaincue. 

Les disparitions continuèrent.

Quelles ont été vos motivations pour participer au concours ? Pourquoi avoir choisi la nouvelle ?

J'ai choisi de participer au concours de nouvelles organisé par le Crous car il s'agit d'une forme littéraire que j'apprécie notamment en raison de ses contraintes formelles.

D'où vous est venue votre inspiration ? Quel est le message que vous avez souhaité faire passer ?

Je ne sais pas vraiment d'où m'est venue l'inspiration, mais j'imagine qu'elle a été nourrie par mes lectures. Je n'avais pas de message à faire passer ; j'avais simplement envie de raconter une bonne histoire.

Pourriez-vous nous faire part de votre ressenti lorsque vous avez appris que vous étiez lauréate ?

J'ai été ravie d'apprendre que ma nouvelle avait plu au jury, et très honorée d'être lauréate du concours.



2e Prix ex æquo - Léa Royer - Ma Sibérie



Léa vit à Rennes, où elle exerce en tant que professeur de lettres depuis un an. De son bureau, on voit la cime de marronniers et un bout de canal. Elle écrit devant cette vue mais lit partout. Partout où l'on peut relever la tête pour regarder à la fois l'extérieur du monde et l'intérieur de « chez son livre ».

Du fond de mon fauteuil, l'oreille tendue vers le poste radio, j'attends avec appréhension le bulletin météo. Mes voisins sont tout aussi attentifs, si bien que la cacophonie ambiante s'interrompt aussitôt que la voix du présentateur, monotone et traînante, se fait entendre.

Avis de grand froid, givre et chutes de température jusqu'à -12°C sur le Nord et la capitale sont annoncés cette nuit. Après la douceur humide de l'automne, le givre des premières semaines de décembre est difficile à supporter. Les conversations reprennent, teintées de l'inquiétude suscitée par ces nouvelles.

Je vais me servir un café.

Quelles ont été vos motivations pour participer au concours ? Pourquoi avoir choisi la nouvelle ?

Écrire sur un thème précis est une contrainte plaisante ; j'ai choisi la nouvelle car je ne sais pas faire grand chose d'autre...

D'où vous est venue votre inspiration ? Quel est le message que vous avez souhaité faire passer ?

L'inspiration m'est venue un soir à Paris en voyant des SDF faire la queue pour une assiette de soupe offerte par l'association « Une chorba pour tous », mais je ne cherche pas à faire passer de message.

Pourriez-vous nous faire part de votre ressenti lorsque vous avez appris que vous étiez lauréate ?

À la réception du mail, mon premier ressenti a été « wahou » ! Je suis très contente d'être publiée, l'édition du recueil de nouvelles est très réussie chaque année.



2e Prix ex æquo - Louis Vandecasteele - Les artères andrinoples

Notre histoire se déroule dans la ville de P.

P comme « Peu importe », car connaître le lieu n'est d'aucun intérêt. Ou peut-être que la narrateur n'en a pas cherché. Que vous importe ? L'histoire commence.

Une mesure est proposée.

Toute personne habitant à P devra pourvoir aux besoins d'un sans domicile fixe. Il ne s'agit que de nourrir la personne, et de lui concéder son trottoir. Sans l'héberger, évidemment.

Qui accepterait d'accueillir un homme de la rue chez soi ?



3e Prix - Maureen Deseille - STOP



« Je suis encore trop jeune pour qu'il y ait beaucoup de choses à savoir de moi ! J'écris depuis qu'on m'a appris à écrire mon nom. À cinq ans, je savais que je voulais faire de ma vie une longue séance d'écriture. Quand j'ai participé à ce concours, j'étais étudiante en deuxième année d'Arts du spectacle, à Arras, licence que j'ai désormais arrêtée pour poursuivre un nouveau but : devenir la Madame Culture d'un petit village, et organiser des événements en zone rurale. Une jolie activité annexe pour continuer à écrire des histoires qui un jour, si j'ai beaucoup de chance, pourront peut-être se retrouver dans votre bibliothèque ! »

STOP

J'ai peur de la rue.

Quand je l'entends se déverser sur des flots de trottoir à coups de pas qui piétient, de corps qui s'entassent, qui se bousculent et qui s'échappent — pardon, excusez-moi, je voudrais passer, pardon, PARDON, merci — de plaintes qui s'entremêlent, de rires qui deviennent des cris et de cris qui deviennent des coups, je la vomis. Je l'expulse comme on se débarasse d'un morceau de pain bloqué dans la gorge.

Quelles ont été vos motivations pour participer au concours ? Pourquoi avoir choisi la nouvelle ?

J'avais déjà entendu parler des concours Crous l'année précédente, notamment du concours de nouvelles, mais le thème ne m'inspirait pas beaucoup. Bien qu'en licence Arts du Spectacle, je me dégoûtais petit à petit du théâtre, je songeais de plus en plus à arrêter et à mettre toute mon énergie dans d'autres activités, dont l'écriture.

J'étais cependant dans une période creuse à ce moment-là, je venais d'achever l'écriture d'un roman, je n'avais pas encore démarré de nouveau projet. Le thème « Rue » me donnait envie, le concours de nouvelles me donnait envie, c'était une transition sympa pour se remettre dans le bain et être lue, tout simplement !

D'où vous est venue votre inspiration ? Quel est le message que vous avez souhaité faire passer ?

Aucun message, mon Dieu ! Il me semble que l'écriture en elle-même (l'art en lui-même d'ailleurs) est forcément une écriture consciente, puisqu'elle est constituée de tout ce qui l'entoure, elle naît dans un environnement déjà politisé, elle se met dans la peau d'individus aux consciences déjà formées. Si je veux délivrer un message, je ne pars pas avec l'intention d'écrire, je m'empare d'un média d'information, c'est plus direct.

J'avais surtout envie de raconter une histoire qui pourrait me donner envie de la lire ; raconter la rue du point de vue d'un panneau STOP, dans mon cas, c'était l'occasion de se mettre à la place d'un objet inanimé, de se sentir proche de lui vis-à-vis de son impuissance, de son statut de témoin du monde, mais aussi de son questionnement sur sa place dans l'existence, sur ce qu'il a envie d'en faire... On est sur des interrogations humaines portées par un objet qui n'est pas sensé l'être.

Ce qu'on met derrière ça, à quoi on le relie, après, ce n'est pas à moi de l'imposer. Je propose parce que j'écris ; le lecteur interprète et se sert ensuite de la nouvelle comme il l'entend, parce qu'il lit. On est sur deux libertés distinctes, celle d'écrire ce qu'on veut, et celle d'y lire ce qu'on veut !

Pourriez-vous nous faire part de votre ressenti lorsque vous avez appris que vous étiez lauréate ?

J'étais tout simplement ravie ! C'est toujours très flatteur d'avoir été remarquée pour quelque chose qui nous tient à cœur. Je suis très pudique à propos de mes écrits, peu de gens les lisent, c'est donc merveilleux de se dire que ma nouvelle a pu plaire à d'autres et leur faire passer un bon moment, retenir leur attention d'une façon ou d'une autre. C'est tout ce que je demande !



Mention spéciale - Charazed Guetari - Roublard



Michel Petit promène son chien sur les trottoirs venteux du Havre, un patelin à côté d'Harfleur. Il le fait bien deux  fois par jour quand la vessie de Bouboule est en forme, mais depuis un mois, il faut admettre que le diabète animalier l'oblige à des sorties plus fréquentes dans l'estuaire normand.

La Seine arrose l'embouchure, Bouboule arrose la Seine, à croire que toutes les eaux de la ville convergent vers la mer.



Mention spéciale - Jocelyn Haumesser - Au royaume des boyaux



« J’ai 27 ans. Bien qu'alsacien d’origine, j'ai une part de Finlande en moi. Je me sens surtout citoyen du monde, je n'ai juste pas encore décidé duquel. Littérairement parlant je suis plutôt à l'ouest, comprenez amateur de littérature américaine. Ayant un fort penchant pour la culture scandinave, leur mélancolie, je ne perds pas le nord pour autant. J'ai aussi un truc avec les gens un peu fous ou abîmés, j'aime bien leurs histoires ».

Des gens. Beaucoup. Des grands, des petits. Des bien sapés, d'autres moins. Des pressés, des fuyants. Des concentrés, des étourdis. Des amoureux, des déprimés. Des gens avec de l'argent surtout, même qu'un peu. Avec une vie active ou pas, des amis ou pas, mais avec une vie.

Ils se croisent sans se voir, pourtant ils de déshabillent du regard. Mais que regardent-ils vraiment ? Ils semblent se transpercer avec les yeux, voir au travers, comme s'ils aveient la faculté de faire disparaître leurs semblables d'un simple clignement de paupières. Ils vont tous quelque part, d'un pas plus ou moins décidé.

Mais savent-ils vraiment où ils vont ?

Quelles ont été vos motivations pour participer au concours ? Pourquoi avoir choisi la nouvelle ?

J'ai choisi de participer au concours car j'aime écrire. J'ai trouvé le thème idéal. Les concours d'écriture me permettent, petit à petit, de travailler ma plume et, dans l'idéal, de prendre confiance en ce que j'écris. C'est un bon exercice pour aller de l'avant.

D'où vous est venue votre inspiration ? Quel est le message que vous avez souhaité faire passer ?

Je ne sais pas si je peux dire que j'ai souhaité faire passer un message. L'idée est plutôt que la rue est le théâtre de la vie. Il s'y passe tout ou presque. Mais soit on n'y prête pas assez attention, soit on détourne le regard. Pourtant il y a tout à y apprendre. L'inspiration je l'ai trouvé dans les rues autour de là où j'habitais lorsque j'ai décidé d'écrire ce texte. J'ai ramassé des petits bouts de vie et j'ai brodé autour. 

Pourriez-vous nous faire part de votre ressenti lorsque vous avez appris que vous étiez lauréat ?

Quand j'ai appris que j'étais lauréat je n'ai su que penser. Je ne sais jamais quoi penser quand ces choses là m'arrivent. Bien sûr cela me fait grandement plaisir. Je me demande surtout une chose : pourquoi mon texte ?