Vie associative / Les assos étudiantes

Discussion autour de la Semaine étudiante de l'ESS

Et de sujets divers et variés comme les AMAP, les banques coopératives, etc.

Rencontre avec Anne-Cécile Dockès, qui co-organise la Semaine étudiante pour l'économie sociale et solidaire.

Interview publiée dans le cadre de la Semaine étudiante de l'ESS. Découvrez d'autres portraits et entretiens tout au long du mois de novembre.




C'est quoi la Semaine étudiante pour l'économie sociale et solidaire ?

C'est un événement national, qui a lieu tous les ans depuis 2013 et qui met en lumière toutes les initiatives étudiantes dans le champ de l'économie sociale et solidaire. Il vise aussi à faire connaître aux étudiantes et étudiants cette façon d'entreprendre. C'est une semaine qui a lieu pendant le Mois de l'ESS.

Chaque année, c'est une centaine d'événements qui sont organisés un peu partout en France.

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Des exemples d'événements ?

On peut participer à des événements très variés, par exemple une disco-soupe. Le principe : des étudiants qui, à partir d'invendus alimentaires, font une soupe tous ensemble et dans une ambiance festive. La Semaine étudiante de l'ESS, ça peut être aussi une projection de film, un hackathon où on invente des projets...

On aura aussi la Nuit des étudiants solidaires, le 19 novembre à Paris. C'est un événement porté par le CJDES et ESS' pace et qui rassemble plein de jeunes qui discutent dans une ambiance conviviale. Ils imaginent ensemble leur société idéale, et à la suite de cela, le CJDES se charge de retransmettre les échanges aux acteurs de l'économie sociale et solidaire. C'est une soirée gratuite et on peut même venir simplement si on est curieux ; il faut juste s'inscrire au préalable.



Quatre thématiques seront proposées pour débattre : égalité femmes-hommes, données personnelles et rapport à l'environnement numérique, transitions écologiques et environnementales, ubérisation de l'économie et de la société. Et tout le monde peut venir boire un coup.



Ce sera aussi l'occasion de lancer le Prix des mémoires de l'ESS. Toutes celles et ceux qui ont écrit des mémoires, en licence ou en master, sur un sujet qui touche à l'ESS, peuvent proposer ce mémoire en guise de candidature.

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Il y aura également notre traditionnel hackathon. Pendant 24h, des jeunes réfléchissent en équipe à des problèmes que l'on rencontre dans la société. Cette année, c'est le logement qui en sera le thème. Les participants vont devoir inventer des solutions et auront notamment 3h prévues dans le programme pour parler de leurs idées à des passants dans la rue pour essayer de faire la « preuve du concept ».





Comment résumer l'ESS ?

Les acronymes, c'est toujours un peu compliqué parce qu'à la fois, ça englobe, et en même temps c'est pas forcément très clair pour tout le monde.

L'économie sociale et solidaire, c'est pouvoir s'organiser différemment. L'ESS, ça concerne tous les champs de l'économie : le logement, le commerce, la banque... C'est des entreprises qui sont gérées démocratiquement et cet aspect démocratique amène une réflexion sur l'utilisation de l'argent et des bénéfices qui sont réalisés : comment ces bénéfices doivent être utilisés ?



En gros, c'est faire différemment ce que d'autres font pour s'enrichir et le faire dans l'intérêt général.



Par exemple, dans le cas d'une banque, comment ça se concrétise ?

Dans l'ESS, le secteur bancaire est le plus institutionnalisé. Mais la grosse différence entre une banque coopérative - donc qui fait partie de l'ESS - et une banque classique, capitaliste, c'est que la banque coopérative est détenue par ses clients. Tout client qui ouvre un compte dans l'une de ces banques en devient sociétaire, ce qui veut dire que l'Assemblée Générale de la banque est élue par les clients, qui sont chacun égaux entre eux.



Donc même si j'ai un compte épargne avec 100€ dessus, ma voix a le même poids que quelqu'un qui aurait un compte avec 10 000€.



Cela ne veut pas dire que des banques dans l'ESS ne peuvent pas être critiquées. En fait, l'ESS c'est pas forcément un champ où tout est parfait, ça, c'est important de le dire. Par contre, le fait qu'il y ait une démocratie, ça permet de changer les choses, de se mobiliser lorsqu'il y a de l'imperfection.



Et les AMAP ? Vous pouvez en rappeler le concept et pourquoi c'est typiquement de l'ESS ?

Pour moi, l'AMAP est au cœur de l'ESS. Concrètement, on est bien sur une activité économique : on a un agriculteur qui produit des denrées et qui a un intérêt à les vendre. Dans un cadre où il cherche à rentabiliser son travail, on va associer les différentes parties prenantes : celui ou celle qui vend et celui ou celle qui a besoin de ces légumes.

L'AMAP réunit ces parties prenantes et leur demande de se mettre d'accord : quel est le juste prix des produits que l'un fournit et que l'autre achète ? Et avec cet exemple, on voit bien le rôle du processus démocratique : on va fixer un prix en prenant en compte les différents intérêts des différentes parties prenantes. En clair, on essaie de mettre en place l'intérêt collectif dans une activité économique.



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Vous avez lancé LACLEF et CoopColoc, vous pouvez en parler ?

LACLEF, c'est une asso qui a été créée en 2015 par des étudiants pour faciliter l'accès au logement dans le privé.

Les étudiants ont du mal à accéder au logement dans le privé car quand le marché est tendu, on demande de nombreuses garanties. Or on s'est rendu compte que la plupart des étudiants étaient éligibles au logement social mais qu'ils ne le savaient pas, sans compter que le mode d'accès au logement social ne correspond pas vraiment au rythme étudiant puisqu'ils ne peuvent pas se permettre d'attendre 3 ou 4 ans pour accéder à un logement.



LACLEF propose une solution en rassemblant bailleurs sociaux et étudiants.



C'est comme ça qu'est né CoopColoc, un dispositif qui permet à des étudiants d'accéder au parc social via l'association. Très simplement, l'association loue des logements auprès des bailleurs sociaux puis les sous-loue à des étudiants, en proposant des colocations ce qui répond également à une problématique d'isolement qui peut parfois être ressentie par les étudiants.



Comment s'engager dans l'ESS ?

Il y a mille façons de faire. On parlait des AMAP : si on a envie de consommer des légumes de bonne qualité en faisant vivre un agriculteur, eh bien c'est déjà un engagement, d'adhérer à une AMAP. S'engager dans les assos de son campus, aussi : toutes les associations font partie - de facto - de l'économie sociale et solidaire donc c'est déjà un premier pas de trouver une thématique qui nous plaît et de s'y investir avec d'autres.



Cela peut être des choix de la vie quotidienne aussi : avoir une assurance mutualiste, choisir une banque coopérative qui investit dans des projets utiles pour la société plutôt qu'aller vers une banque classique. C'est déjà s'engager à son échelle dans l'économie sociale et solidaire.



Et puis on peut aussi monter ses propres projets quand on est étudiant·e. Il y a des structures pour vous accompagner de l'idée au projet, il ne faut pas hésiter : le réseau des étudiants-entrepreneurs PEPITE, des incubateurs sur les campus et en ville - comme ESS'Pace à Paris -, des associations (Enactus, Noise, etc.).

Publication : 8.11.2019