WAAW : documentaire étudiant au Sénégal

Un voyage entre Master 2 et ESS, entre Reims et Saint-Louis

Dans le cadre de leur cursus, Laura et Ambroise ont créé une série documentaire sur des structures de l'économie sociale et solidaire, au Sénégal. Des portraits, des rencontres, des lieux qui les ont marqué.

Interview publiée dans le cadre du Mois de l'ESS, qui inclut une Semaine étudiante de l'économie sociale et solidaire



Bande annonce de la série documentaire



Quel est votre parcours ?

Ambroise : J'ai fait des études dans le commerce, avec un DUT puis une licence et master dans le marketing digital.

Je trouvais ça intéressant mais je trouvais que cela manquait de sens. À la fin du M1 en alternance, je me suis rendu compte que j'étais impliqué depuis longtemps dans l'économie sociale et solidaire sans vraiment m'en rendre compte, à travers différentes activités.

Pendant le M2, je me suis investi dans le bureau de l'association Prom'ESS, qui a porté ce projet documentaire.



J'ai réalisé que l'ESS correspondait beaucoup plus à ma façon de voir les choses.



Laura : Après mon Bac, j'ai fait un Service volontaire européen (NDR : c'est maintenant le Corps européen de solidarité).

J'ai travaillé un an avec des personnes en situation de handicap. 



En M1 on a eu des cours sur l'économie sociale et solidaire.
J'ai trouvé cette approche atypique et j'ai continué mes études dans cette voie-là.



En M2, je suis devenue présidente de Prom'ESS.



Pourquoi l'association Prom'ESS a été créée ?

Laura : Elle a été créée en 2014 suite au constat que l'économie sociale et solidaire n'était pas assez connue au sein de l'Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) et au sein de la région. Le Master 2 « Management des entreprises de l'ESS » a été créé en même temps que l'association.



Il est temps de parler de WAAW, cette série documentaire créée dans le cadre de votre cursus...

Ambroise : C'est parti du cours « management de projets », qui est central dans le M2.
C'est un cours où on doit travailler sur un projet toute l'année - ce que l'on veut.



Notre objectif de départ était d'aller voir un projet ESS tel qu'il était mis en place dans un autre pays.



On s'est lancés vers le Sénégal parce que je connaissais déjà une amie qui y avait habité et qui travaillait dans une association à Saint-Louis.
C'est le fameux « Château » des vidéos.

Ambroise : On s'est dit qu'au lieu d'un simple compte-rendu, il serait plus intéressant de faire de la vidéo, un documentaire pour montrer, en France, ce qu'on a vu là-bas, ce qu'est l'ESS, et en particulier au Sénégal. Un ami journaliste nous a rejoints dans le projet pour assurer la réalisation des épisodes.

La série, c'est aujourd'hui 15 épisodes dont 12 portraits de personnes qui sont dans ces structures et qui bousculent un peu les codes au Sénégal, chacun dans leur activité, que ce soit l'agro-écologie, l'indépendance des femmes, la culture, l'éducation des jeunes.



On a réussi à aborder quelques-uns des enjeux communs et propres aux pays d'Afrique de l'Ouest.



Qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué ?

Laura : Pour moi, c'était l'interview de Maguette, au Château.


Cela montrait vraiment la vie d'une femme au Sénégal, avec ce positionnement entre style de vie métropolitain et en même temps conservation de traditions.



On avait l'impression qu'elle avait trouvé un équilibre. Et c'est le Château qui l'a aidé à trouver la paix.



Ambroise : Pour moi aussi c'est le Château. Parce que c'est le lieu où mon amie travaillait et surtout, on a eu un super accueil là-bas.
C'était le cas dans toutes les structures, mais là, le fait d'être avec des jeunes, c'était très agréable.

Laura : Le château, c'est une structure cosmopolite. Il y avait cette tradition sénégalaise et en même cette ouverture d'esprit.

Ambroise : Cela fait partie de la culture sénégalaise, cet accueil de l'étranger.



Quelques bonnes raisons pour les autres étudiants de regarder votre série ?

Laura : C'est un voyage au soleil ! (rires)

Ambroise : Cela peut aider à faire comprendre ce qu'il se passe en Afrique de l'Ouest et plus précisément au Sénégal.

Leur manière de vivre, les enjeux par rapport à la place des femmes dans cette société, par rapport aux métiers de la culture, aux métiers du secteur social : c'est pas des budgets prioritaires dans ces pays, mais ceux dont on a fait le portrait l'on déjà compris, ce sont un peu des pionniers. Et cela permet de parler aussi un peu de l'immigration, qui est une problématique là-bas, les histoires de famille, les traditions...



En fait, on s'est aperçu qu'ils ne parlaient pas souvent de ces choses-là.



Laura : Chaque fois qu'on interviewait quelqu'un, on avait notre trame d'interview mais il y avait toujours « 10 000 » questions qui s'ajoutaient parce que sur le moment, on apprenait tellement qu'on devait s'adapter.

Et je pense que la richesse des échanges se ressent dans les vidéos.



Ambroise : Ils croient tous en leur projet et ça, ça donne de l'inspiration.
Aujourd'hui, on a besoin de ça, c'est un peu utopique, mais on a besoin d'avoir des rêves.

Et voir ces personnes qui suivent leurs rêves, pour moi, c'est une bonne raison de regarder nos vidéos.







Vous avez maintenant terminé votre cursus, quel est l'impact de ce projet dans votre vie ?

Laura : Je suis maintenant chargée de développement territorial et cela m'a conforté dans l'idée de travailler main dans la main avec différentes structures, différents partenaires et monter des projets avec les personnes qui sont directement concernées.



Partir du besoin des personnes et travailler dans une démarche participative et inclusive.



C'est ça que je veux m'employer à faire dans ma vie professionnelle.
C'est normal de permettre aux bénéficiaires d'un projet de s'exprimer sur des décisions qui vont avoir un impact direct dans leurs vies.

Ambroise : Je suis en train de monter un projet entrepreneurial et le projet WAAW et les personnes qu'on y a côtoyées m'ont conforté dans l'idée que quand on croit à un projet, on peut y arriver. Et ça m'a aussi conforté dans le choix de travailler avec les valeurs de l'ESS.



L'ESS : trois lettres qui peuvent être aussi claires que floues. Votre définition ?

Laura : On a un slogan pour résumer l'ESS : « Un pour tous et tous pour un ».

Ambroise : On pourrait dire que c'est un tiers-secteur, c'est-à-dire que c'est complémentaire aux actions de l'État tout en permettant d'avoir des entreprises avec une éthique bien définie, une vision démocratique des activités menées et surtout, on y cherche toujours l'utilité sociale plutôt que le seul profit.



« Préférer l'être à l'avoir, la coopération à la concurrence » : ça résume bien.



Vous avez déjà été confrontés à des idées reçues sur l'ESS ?

Laura : On nous a déjà dit qu'on était des Bisounours, que tout était beau et rose, que la gestion d'une structure de l'ESS était très facile mais en fait, c'est pas le cas. On a des conseils d'administration, il faut faire valider toutes les décisions démocratiquement et pour faire accepter des projets, cela demande justement beaucoup de préparation, de diplomatie et de travail.




On ne peut pas simplement imposer des décisions, il faut aussi que chaque projet ait une utilité sociale avérée.



On sous-estime souvent le temps que demande cet aspect démocratique.C'est en fait à peu près 60% du projet que de mettre tout le monde d'accord et de bien le préparer pour que celui-ci respecte toutes les valeurs de l'ESS. Arriver à harmoniser toutes ces valeurs, c'est très intéressant, mais c'est très dur.

Ambroise : Souvent on pense que l'ESS c'est que du social et que ce sont des entreprises, des sociétés qui ne fonctionnent qu'en déficit... ce sont des idées reçues. L'ESS c'est de vraies entreprises, des coopératives - alors on n'y va pas pour gagner des mille et des cents, c'est sûr - mais on peut correctement gagner sa vie, en étant dans de vraies entreprises et dans des projets qui fonctionnent vraiment bien et parfois mieux que dans des entreprises du secteur privé. Pas forcément à la même échelle, mais toujours en prenant en compte le bien-être des personnes.

Laura : Pour prendre un exemple local, on a ici une coopérative qui est l'une des premières marques de champagne en France.


> Les vidéos de la série WAAW sur la chaîne People and Places
> Le compte Instagram WAAW

Publication : 25.11.2019